VIN ESPAGNE
Le vin Espagnol. L'Espagne est un pays privilégié pour la production de vin.
Ses conditions climatiques et la qualité de ses terroirs autorisent
en effet une variété incroyable: rares sont les régions qui ne possèdent pas leur cépage local et leur spécialité.
Le Cava un bon Mousseux
© Fernando
Le Nord
Les régions viticoles les plus intéressantes se situent principalement dans le Nord.
La Rioja est la plus célèbre d'entre elles. Elle produit surtout des vins rouges dont les plus fins proviennent de la Rioja Alta. L'Ebre, sépare les vignobles de la Rioja Alvesa, au nord-ouest, de climat frais d'influence océanique, de ceux de la Rioja Alta, plus au sud et bénéficiant de températures plus élevées.
Les vins sont élevés en fûts de chêne comme les grands bordeaux pour les meilleurs d'entre eux. De fait, c'est un vignoble qui a été historiquement développé par des émigrés bordelais fuyant leur propre vignoble dévasté par le phylloxéra. Ainsi, c'est à la demande des autorités espagnoles que le marquis de Riscal a fait venir en 1858
jean Pineau, du château Lanessan, avec dans ses caisses 9000 pieds de cabernet sauvignon, de merlot, de malbec (et de pinot noir !) destinés à être plantés sur les terres du marquis. Jean Pineau était censé montrer le savoir-faire bordelais aux autres vignerons de la Rioja.
Mais le projet n'aboutit pas :
cet élevage de luxe en fûts de chêne rendait les vins trop chers donc invendables. Les vignerons abandonnèrent l'aventure. Seul le marquis persista, embaucha Jean Pineau en son nom propre, lui fit construire un chais médocain, et lui laissa carte blanche. En
5 ans, les vins du marquis raflèrent toutes les médailles, et encore aujourd'hui, la bodega est l'une des meilleures de la Rioja.
Mais si les Bordelais ont apporté avec eux leur savoir-faire en matière de tonnellerie, ils ont
dû composer avec le tempranillo, le cépage rouge qui réussit le mieux en Rioja, loin des cabernets sauvignons, par sa rondeur, ses arômes de fraise et l'élégance de ses tannins.
L'autre grande région du vin en Espagne, toujours dans le Nord, c'est la Ribera del Duero. La rudesse du climat, avec les étés torrides et les hivers glaciaux, l'altitude très importante des vignobles et les sols calcaires et ferreux y donnent des rendements faibles, mais des vins de très bonne qualité. La Ribera abrite ainsi quelques très grands domaines dont le mondialement célèbre Vega-Sicilia.
La bodega a été fondée en 1864 par Eloy Lacanda y Chaves, et est considérée aujourd'hui comme la romanée-conti espagnole : 350 000 bouteilles par an et toutes réservées longtemps à l'avance. La particularité du domaine est d'utiliser les cépages bordelais (cabernet sauvignon, merlot, malbec) et de conserver très,
très longtemps les vins en fûts. Ainsi, sa cuvée de prestige, appelée Unico Reserva, est commercialisée 20 ans après les vendanges...
Mais le Nord regorge aussi d'autres petites appellations intéressantes.
Dans le Rueda, on produit des vins blancs épicés issus du cépage verdejo vinifié selon des méthodes modernes. À Rias Baixas, sur la côte ouest de Galice, au nord du Portugal, on travaille l'albarino, un cépage blanc proche du riesling et donnant comme lui des vins secs et minéraux. Plus à l'est se trouve le vignoble
de Campo de Borja. Ici aussi, le climat
continental, avec ses étés chauds et ses hivers rigoureux, les sols de calcaire brun et les terrasses pierreuses sont favorables aux vins équilibrés et ronds issus principalement du cépage rouge grenache.
En Navarre, véritable laboratoire de recherche viticole d'Espagne, le tempranillo, complété par du cabernet sauvignon et du merlot, gagne de plus en plus de terrain. En continuant en direction du sud-est, on atteint la région de Somontano, productrice de très bons vins blancs et de rouges remarquables issus des cépages monastrell, grenache, cabernet sauvignon, merlot et pinot noir.
L'Est
Traversons maintenant le pays en direction de la Méditerranée. C'est à l'est de la Catalogne, dans les régions de Penedés et de Priorato, qu'est née la révolution viticole espagnole, déclenchée par l'autorisation des cépages français (cabernet sauvignon et chardonnay), et la modernisation des techniques de vinification sur le modèle californien.
Le succès du cava (un mousseux élaboré en méthode champenoise) et le génie de Miguel Torrès sont à l'origine de l'ascension rapide de cette région viticole. La maison Torrès se transmet de père en fils depuis 1870, mais c'est à l'arrivée de Miguel qu'elle a pris son essor. Miguel Torrès est un œnologue parlant parfaitement le français — et pour cause, puisqu'il a étudié à Dijon !
Quand il est rentré chez lui en 1962, il a voulu mettre en pratique ce qu'il avait appris : son
premier geste fut de planter des cépages français et allemands. Et il découvrit alors que le cabernet sauvignon réussissait très bien sous le climat méditerranéen doux du
Penedés. Puis, il introduisit les techniques de fermentation à basse température, pour extraire un maximum de fruit, et l'élevage court en barriques neuves, au lieu de l'élevage long en vieux fûts que pratiquaient les anciens. Résultat : il exporta vite et bien son vin en Californie, et gagna dans la foulée une réputation mondiale.
Plus au sud, dans la région du Levante, s'étendent encore quelques vignobles aux environs de Utiel-Requena, de Valence, d'Almansa, de Jumilla, de Yecla et d'Alicante, où l'on produit des vins un peu rudes, mais également de très bonnes cuvées, surtout lorsqu'elles résultent de l'assemblage de cépages indigènes (monastrell) avec des cépages étrangers (cabernet sauvignon).
Le Sud-Ouest
Au Sud-Ouest, l'aire d'appellation de Xérès, rendue célèbre par le vin du même nom. C'est l'alliance de son sol et de son climat qui fait de la région de Jerez la patrie du Xérès. Dans bien des pays, on a essayé de reproduire la recette magique, mais sans succès..
Le xérès est en effet un vin bien particulier : au départ, c'est un raisin desséché par le levante, le vent chaud et sec, qui concentre les sucres et l'acidité dans la baie. Une fois vinifié de manière traditionnelle, le vin repose en tonneaux de chêne sans qu'on lui rajoute du vin pour compenser l'évaporation. De fait, apparaît quelque temps après la formation du for : Une couche particulière de levures blanche et grise qui se forme à la surface du vin et qui le protège de l'oxydation.
Le microclimat de cette partie de l'Andalousie fait qu'à certains moments de l'année, ces ferments
deviennent extrêmement actifs et se développent très vite. La for absorbe les traces de sucre résiduel, diminue la glycérine et augmente certains types d'arômes. Quand elle arrive à dominer complètement le vin, le xérès est dit « fino », c'est-à-dire sec, et très recherché par les connaisseurs. Quand les vins atteignent 15,3° d'alcool, ils sont vinés on leur rajoute de l'alcool pour tuer les levures et stopper la fermentation.
À Sanlucar de Barrameda, à la limite ouest de l'appellation, sur l'estuaire du Guadalquivir, le climat est un peu différent, et les levures ne travaillent pas de la même façon. L'estuaire apporte des températures plus basses et une humidité supérieure due à la présence de la mer. Les levures se développent de façon différente, ce qui donne des vins au goût différent. Cela a amené les producteurs à distinguer les deux formes de xérès en baptisant le second manzanilla.
Au centre du pays, la Manche et le Valdepenas pourraient bien faire parler d'elles dans un futur assez proche.
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